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Kasaï, La Danse des Bassines
Kasaï, La Danse des Bassines
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C’est l’histoire d’une étincelle qui devient incendie. Le 12 août 2016, Jean-Prince Mpandi, le 6e « Kamuina Nsapu » du nom, chef coutumier des Bajila Kasanga, est tué lors de l’assaut de sa maison, dans la province du Kasaï-Central. Tous les regards sont tournés alors vers un autre Kasaïen, Étienne Tshisekedi, l’opposant historique de retour au pays après deux années d’exil. À quelques mois de la fin du mandat de Joseph Kabila, l’un choisit l’insurrection, l’autre le dialogue. Dix mois plus tard, on dénombre des centaines de morts, peut-être des milliers, mais aussi des milliers d’enfants enrôlés, plus d’un million de déplacés et au moins quarante-deux fosses communes. Comme Étienne Tshisekedi, Jean-Prince Mpandi est un enfant du Kasaï-Central, l’une des provinces les plus pauvres de l’espace du Grand Kasaï. Jusque là, un havre de paix : d’imposantes paroisses tous les vingt kilomètres, et des villages alentours portant le nom des chefs qui les administrent. Trop peu de routes et de ponts construits du temps des missionnaires, et pas grand-chose depuis leur départ. La voie de chemin de fer, qui fonctionne toujours, zigzague au milieu des rivières et des champs. Son Kasaï natal, le vieil opposant Tshisekedi l’a déserté depuis longtemps ; il mène son combat à Kinshasa. Mais dans le Grand-Kasaï, il n’y a plus que trois pouvoirs qui comptent : l’État, honni par beaucoup, l’Église catholique, qui perd du terrain, et les chefferies coutumières. Depuis 2015, une nouvelle loi portant sur le statut des chefs coutumiers est entrée en vigueur. Elle prévoit la rémunération des chefs et la publication d’un arrêté de reconnaissance du statut de chacun d’entre eux. Le régime de Joseph Kabila est accusé d’avoir utilisé cette nouvelle loi à des fins politiques pour asseoir son contrôle sur cette terre d’opposition. Depuis la colonisation, aucun régime – ni celui de Mobutu, ni celui de Laurent‑Désiré Kabila – n’avait touché au pouvoir coutumier dans l’espace du Grand Kasaï. On raconte que le président Mobutu allait lui-même au-devant des chefs coutumiers les plus importants, chez eux, à la cour royale, pour les saluer. Mais depuis, plusieurs crises économiques se sont succédées. La dernière, celle qui frappe aujourd’hui la RDC, rappelle aux Congolais – peut-être à tort – le début des années 90 et la fin du régime Mobutu : effondrement de la monnaie nationale, raréfaction des devises, hausse des prix et chômage endémique. L’économie du Grand Kasaï sombre au même rythme que la MIBA, la Société minière du Bakwanga, jadis l’une des plus florissantes entreprises du pays, en train d’épuiser le filon diamantifère de Mbuji Mayi et qui croule aujourd’hui sous 200 millions de dollars de dettes Comme leurs sujets, les chefs coutumiers sont paupérisés. Certains, accusés d’être achetés par le régime en place, obtiennent la reconnaissance de leur statut sans difficulté. Mais d’autres, comme Kamuina Nsapu, doivent passer des heures sous un arbre devant le gouvernorat. Jean-Prince Mpandi patiente, selon ses proches, mais n’obtient rien. D’incidents en incidents – notamment le pillage de ses ornements et fétiches rituels –, la tension entre le pouvoir central et le chef coutumier aboutit à son assassinat, chez lui. C’est le début de l’insurrection de ses partisans et d’un conflit qui n’aura rien à envier en barbarie à celui de l’Est du Congo...
